Mise à jour le 5 juin 2009


Révoltes n°10 - Dossier Logement

Les logements anciens de plus en plus inaccessibles :



l’exemple du Quartier de la Croix-Rousse à Lyon

Les quartiers de logements anciens ont souvent été des quartiers où résidaient de nombreux travailleurs ou des étudiants, comme Belleville à Paris ou la Croix-Rousse à Lyon. Mais ces dernières années, ces quartiers ont connu une flambée des prix qui les rendent totalement inaccessibles. Que s’est-il passé ?


Le rôle des aides à la pierre et à la personne

Le quartier des Pentes de la Croix-Rousse est marqué par l’histoire de la lutte des classes. Il faut rappeler que ce quartier a connu une des premières grandes révoltes ouvrières du XIXème siècle: celles des Canuts, les tisseurs de soie. En 1831, ils sont battus pour obtenir un tarif commun à l’ensemble des Canuts qui travaillaient dans des immeubles caractéristiques: de grands immeubles avec des niveaux de plus de 4 mètres de haut permettant d’accueillir les métiers à tisser. C’est dans ce quartier que les Canuts se sont battus contre l’armée de la Monarchie de Juillet qui a réprimé dans le sang leur mobilisation. De ce combat, les ouvriers ont beaucoup appris: la nécessité de s’organiser - ce qu’ils avaient commencé à faire – contre les patrons mais surtout contre l’État bourgeois.

Ce quartier a toujours été un quartier ouvrier. Il a accueilli des vagues d’immigrations, Italiens, Espagnols, Maghrébins. Il comportait près de 5 000 logements loi 1948 (c'est-à-dire aux loyers bloqués). Mais le quartier des Pentes de la Croix-Rousse est situé au centre de Lyon, proche de l’Hôtel de Ville. Et ses immeubles non entretenus étaient parfois franchement vétustes: pour les propriétaires fonciers, l’entretien de vieux immeubles n’est pas rentable.

Au début des années 1990, la collectivité a lancé des Opérations Programmées de l’habitat (OPAH). Le principe? Financer en subventionnant les propriétaires dans leurs travaux de rénovation ou en les exonérant d’impôts (aides à la pierre). En contrepartie, les propriétaires devaient conventionner leurs logements : ces logements ouvraient droit à l’Allocation Personnalisée au Logement (APL), aide à la personne, ce qui permettait d’augmenter les loyers d’autant. Les loyers devaient ensuite rester plafonnés pendant neuf ans. La population «gênante» a été dans le même temps chassée du quartier.

Aujourd’hui, les neuf ans sont passés et on assiste à un déconventionnement des logements. Les loyers redeviennent «libres». Concrètement, les propriétaires (ou les investisseurs, voyant le profit qu’ils en retireraient) ont multiplié les loyers par 2-3 voire par 6. Le quartier des Pentes est en effet fort bien situé : proximité immédiate du centre de Lyon; desserte des transports en commun (bus, métro et funiculaire) ; immeubles bien retapés avec plafonds à la française; voiries recalibrées et embellies; etc... Résultat: les couches populaires sont obligées de quitter le quartier et d’aller s’installer en périphérie et ce quartier est devenu un des plus chers de Lyon, en termes de loyers comme sur le plan du foncier (autour de 4.500 € le m²).

Ces politiques ont avant tout favorisé les opérations immobilières engraissant les propriétaires fonciers et les spéculateurs: les ouvriers ont été chassés et les couches moyennes se sont endettées pour se loger.


Les expulsions massives dans les immeubles vétustes

On se souvient qu’à l’été 2005, Sarkozy faisait procéder à des opérations musclées d’expulsions après les incendies meurtriers à Paris. On apprend dans un article du journal Libération du 10 novembre 2005 que les immeubles ainsi évacués ont été aussitôt mis en vente: «Grâce à l'expulsion, sa société civile immobilière (SCI) Beaufort va pouvoir engranger des profits substantiels. Son dirigeant semble spécialisé dans ce type d'opérations. (...) Il achète en connaissance de cause des immeubles squattés, à un prix défiant toute concurrence. Ensuite il se retourne vers les pouvoirs publics pour exiger l'expulsion des occupants et revendre vide avec une marge bénéficiaire considérable à la clé». Le nombre d’expulsions a augmenté de 60% entre 1998 et 2002. On voit bien le rôle de la police bourgeoise: elle est au service de la propriété capitaliste et foncière.

11 Mai 2006

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