Révoltes n°10 - Dossier Logement
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Engels contre Proudhon
Un débat toujours actuel |
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Il est frappant de constater que
la bourgeoisie prône toujours les mêmes solutions à la crise du
logement, tant aujourd’hui qu’à l’époque d’Engels, à la fin du XIXème.
Il faudrait que les travailleurs deviennent propriétaires de leur
logement et de leur jardin.
Proudhon et ses disciples en petits bourgeois ne voulaient pas de
révolution sociale, mais ils pensaient par leur «idée de justice»
transformer la société capitaliste. Ils ne voulaient pas s’attaquer ni
à la propriété capitaliste, ni à la propriété foncière.
Engels polémique ainsi contre Proudhon :
«Proudhon dit que "le
salarié est au capitaliste ce que le locataire est au propriétaire". Ceci est complètement faux.
(…) Quels que soient les avantages exorbitants que le propriétaire
tire du locataire, (…) nous avons affaire ici à une transaction
commerciale du type courant, entre deux citoyens, et elles s’effectuent
suivant les lois économiques qui règlent la vente des marchandises en
générale et, en particulier, celle de cette marchandise qu’est la
propriété foncière. Les frais de construction et d’entretien de la
maison, ou de la partie de cette maison qui est en question, entrent
d’abord en ligne de compte ; la valeur du terrain déterminée par
l’emplacement plus ou moins favorable de l’immeuble, vient ensuite ; le
rapport entre l’offre et la demande tel qu’il existe au moment
envisagé, décide en dernier ressort».
Engels prend soin de rappeler ces mécanismes pour répondre à Proudhon
et à ses disciplines qui considèrent que «la maison une fois bâtie
représente une titre juridique» et que le travailleur
aurait un droit éternel, naturel à la propriété. Engels caractérise la
théorie proudhonienne comme étant réactionnaire puisque voulant
enchaîner les travailleurs à la propriété du sol.
La polémique d’Engels contre les écrits de Proudhon sur la question du
logement sont fondamentaux : il s’agit de méthodes totalement
différentes.
En effet, Proudhon, au lieu de partir d’une analyse rigoureuse du
fonctionnement de l’économie capitaliste pour montrer que la crise du
logement est inhérente au système capitaliste, pleurait sur la misère
ouvrière - ses écrits faisaient appels aux sentiments ; au nom
de principes moraux, il proposait une plus juste répartition de la
richesse (c'est à dire un aménagement du système capitaliste).
Engels commençait par faire remarquer que la crise du logement «n’est pas limitée à la classe
ouvrière, mais qu’elle atteint également la petite bourgeoisie (…)»
Certes «la crise de
location touche le travailleur certainement plus durement que toutes
les autres classes plus aisées» (…) Mais « elle n’est nullement une
conséquence directe de l’exploitation des travailleurs, en tant que
tel, par le capitalisme. Cette exploitation est le mal fondamental que
la révolution sociale veut abolir en supprimant le mode de production
capitaliste. La pierre angulaire de cette production capitaliste est
constituée par le fait que notre organisation actuelle de la société
permet aux capitalistes d’acheter à sa valeur la force de travail de
l’ouvrier, mais d’en tirer beaucoup plus de valeur, en faisant
travailler l’ouvrier plus longtemps qu’il est nécessaire pour retrouver
le prix payé par cette force de travail. La plus-value crée de cette
manière est répartie entre tous les membres de la classe des
capitalistes et des propriétaires fonciers».
En 1887, Engels posait la question :
«D’où vient la crise du logement ?»
Et il répondait :
«Une société ne peut
exister sans crise du logement lorsque la grande masse des travailleurs
ne dispose exclusivement que de son salaire... lorsque des crises
industrielles violentes et cycliques déterminent, d'une part,
l'existence d'une forte armée de réserve de chômeurs et, d'autre part,
jette momentanément à la rue la grande masse des travailleurs (...) et
que, pour les plus ignobles taudis, il se trouve toujours des
locataires, lorsque enfin le propriétaire d'une maison en sa qualité de
capitaliste a non seulement le droit mais aussi, dans une certaine
mesure grâce à la concurrence, le devoir de tirer de sa maison, sans
scrupule, les loyers les plus élevés. Dans une telle société, la crise
du logement n'est pas un hasard, c'est une institution nécessaire; elle
ne peut être éliminée, ainsi que ses répercussions sur la santé, etc.,
que si l'ordre social tout entier dont elle découle est transformé de
fond en comble».
(Engels, La question du
logement, 1887)
11 Mai 2006