Mise à jour le 5 juin 2009


Révoltes n°10 - Dossier Logement

Engels contre Proudhon



Un débat toujours actuel

Il est frappant de constater que la bourgeoisie prône toujours les mêmes solutions à la crise du logement, tant aujourd’hui qu’à l’époque d’Engels, à la fin du XIXème. Il faudrait que les travailleurs deviennent propriétaires de leur logement et de leur jardin.

Proudhon et ses disciples en petits bourgeois ne voulaient pas de révolution sociale, mais ils pensaient par leur «idée de justice» transformer la société capitaliste. Ils ne voulaient pas s’attaquer ni à la propriété capitaliste, ni à la propriété foncière.

Engels polémique ainsi contre Proudhon :
«Proudhon dit que "le salarié est au capitaliste ce que le locataire est au propriétaire". Ceci est complètement faux. (…) Quels que soient les avantages exorbitants que le propriétaire tire du locataire, (…) nous avons affaire ici à une transaction commerciale du type courant, entre deux citoyens, et elles s’effectuent suivant les lois économiques qui règlent la vente des marchandises en générale et, en particulier, celle de cette marchandise qu’est la propriété foncière. Les frais de construction et d’entretien de la maison, ou de la partie de cette maison qui est en question, entrent d’abord en ligne de compte ; la valeur du terrain déterminée par l’emplacement plus ou moins favorable de l’immeuble, vient ensuite ; le rapport entre l’offre et la demande tel qu’il existe au moment envisagé, décide en dernier ressort».

Engels prend soin de rappeler ces mécanismes pour répondre à Proudhon et à ses disciplines qui considèrent que «la maison une fois bâtie représente une titre juridique» et que le travailleur aurait un droit éternel, naturel à la propriété. Engels caractérise la théorie proudhonienne comme étant réactionnaire puisque voulant enchaîner les travailleurs à la propriété du sol.

La polémique d’Engels contre les écrits de Proudhon sur la question du logement sont fondamentaux : il s’agit de méthodes totalement différentes.

En effet, Proudhon, au lieu de partir d’une analyse rigoureuse du fonctionnement de l’économie capitaliste pour montrer que la crise du logement est inhérente au système capitaliste, pleurait sur la misère ouvrière - ses écrits faisaient appels aux sentiments ; au nom de principes moraux, il proposait une plus juste répartition de la richesse (c'est à dire un aménagement du système capitaliste).

Engels commençait par faire remarquer que la crise du logement «n’est pas limitée à la classe ouvrière, mais qu’elle atteint également la petite bourgeoisie (…)» Certes «la crise de location touche le travailleur certainement plus durement que toutes les autres classes plus aisées» (…) Mais « elle n’est nullement une conséquence directe de l’exploitation des travailleurs, en tant que tel, par le capitalisme. Cette exploitation est le mal fondamental que la révolution sociale veut abolir en supprimant le mode de production capitaliste. La pierre angulaire de cette production capitaliste est constituée par le fait que notre organisation actuelle de la société permet aux capitalistes d’acheter à sa valeur la force de travail de l’ouvrier, mais d’en tirer beaucoup plus de valeur, en faisant travailler l’ouvrier plus longtemps qu’il est nécessaire pour retrouver le prix payé par cette force de travail. La plus-value crée de cette manière est répartie entre tous les membres de la classe des capitalistes et des propriétaires fonciers».

En 1887, Engels posait la question : «D’où vient la crise du logement ?»
Et il répondait :

«Une société ne peut exister sans crise du logement lorsque la grande masse des travailleurs ne dispose exclusivement que de son salaire... lorsque des crises industrielles violentes et cycliques déterminent, d'une part, l'existence d'une forte armée de réserve de chômeurs et, d'autre part, jette momentanément à la rue la grande masse des travailleurs (...) et que, pour les plus ignobles taudis, il se trouve toujours des locataires, lorsque enfin le propriétaire d'une maison en sa qualité de capitaliste a non seulement le droit mais aussi, dans une certaine mesure grâce à la concurrence, le devoir de tirer de sa maison, sans scrupule, les loyers les plus élevés. Dans une telle société, la crise du logement n'est pas un hasard, c'est une institution nécessaire; elle ne peut être éliminée, ainsi que ses répercussions sur la santé, etc., que si l'ordre social tout entier dont elle découle est transformé de fond en comble».

(Engels, La question du logement, 1887)

11 Mai 2006

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