|
|
|
06 mars 2005, notes politiques
|
Parti Socialiste
À propos de la désignation de Royal
| |
La désignation de Royal comme candidate du PS n'est pas une affaire interne au Parti
socialiste ; elle concerne toute la jeunesse, tous les travailleurs parce qu'elle va avoir
d'importantes conséquences, en particulier à l'occasion des prochaines élections ; d'ores et
déjà, chacun s'interroge : compte tenu des positions que Royal défend, ne va-t-elle pas
faciliter l'élection de Sarkozy ou d'un candidat du même type ? Peut-on gagner contre les
candidats de la bourgeoisie en défendant, sur bien des questions, des positions analogues ?
Et si, malgré tout, elle devait être élue, ne serait-ce pas pour faire la même politique ? Sinon,
quelle alternative y a-t-il à Royal ?
Au-delà de cette question des échéances électorales, quelles sont les conséquences, pour les
mobilisations, et dans la vie politique, de cette désignation ? C'est à ces questions qu'il
convient de commencer à répondre.
Les conditions d'une élection
Le 16 novembre, après quelques semaines de « débats » ou plutôt de discours les uns à côté des
autres, Royal l'a nettement emporté sur Fabius et Strauss-Kahn.
Officiellement, les trois candidats défendaient le même « projet » politique, celui adopté par le
Parti socialiste au mois de juin. Mais chacun en a développé sa propre version. Et c'est la
candidate qui, pour beaucoup, apparaissait comme étant la plus « à droite » qui a été choisie.
Ainsi a été désignée une candidate qui a fait l'éloge de Tony Blair et n'a cessé de vanter « l'ordre
juste » : confier les jeunes délinquants à l'armée, obliger les étudiants à faire du soutien gratuit ou
quasi gratuit, augmenter le temps de travail des enseignants, remettre en cause - comme Sarkozy -
la carte scolaire,... Ainsi a été désignée une candidate qui, pour nombre de militants du PS,
apparaissait comme incompétente ou bien proche des positions du gouvernement américain ; elle a
par exemple expliqué que « le nouveau gouvernement irakien est démocratique » en « oubliant »
que ce gouvernement et les clans qui se partagent le pouvoir ont été installés sous le contrôle de
l'armée américaine.
Or, Royal a été élue au premier tour, avec plus de 60% de suffrages lors du scrutin interne au PS.
Ce score est important, même s'il a bénéficié de quelques trucages. Rappelons qu'à Montpellier, il
existe deux sections « fantômes ». Et que monsieur Georges Frêche, «baron» local du PS et
désormais célèbre pour ses déclarations racistes concernant les joueurs de l'équipe de France, est
un soutien enthousiaste de Royal.
Mais pour l'essentiel, les résultats sont peu contestables ; ceci doit être expliqué.
Une explication fausse
Une première explication a été avancée par un dirigeant de l'UMP (Devidjan) : la PS a évolué à
droite parce que la société française a glissé à droite. Cette explication ne vaut rien car elle nie la
réalité : faut-il rappeler la triple défaite électorale de l'UMP et de l'UDF aux élections de mars
2004 (régionales et cantonales) et juin 2004 (européennes) ? Cette fausse explication doit être
d'autant plus rejetée qu'elle est aujourd'hui reprise par Marie-Georges Buffet pour qui « la
candidate socialiste est porteuse d'idées et de propositions (qui) témoignent d'un glissement à
droite de la société ». Il faut dire au contraire qu'il y a radicalisation du côté de la jeunesse et des
travailleurs, ce dont témoigne l'ampleur des mobilisations contre le CPE.
Des explications incomplètes
Deuxième explication : Royal a été la « candidate des sondages »; depuis plus d'un an, sa
campagne a été préparée par la presse : dès le 15 septembre 2005, Match (groupe Lagardère)
offrait une grande interview à Royal et posait « innocemment » la question de son éventuelle
candidature à la présidentielle : « ça peut arriver (...) s'il s'avère que je suis la mieux placée ».
Pendant un an, ces médias ont donc martelé sur le duo Ségo- Sarko, et les « sondages » ont répété
que Royal était -selon eux- « la mieux placée »... : les militants du PS se seraient donc soumis à
l'intox médiatique. Ceci n'est pas faux mais n'est pas suffisant : les médias ne peuvent pas tout et
souvent les sondages se trompent : c'est contre les médias que, finalement, le NON l'avait emporté
le 29 mai 2005, et ceci avec l'appui actif de nombreux militants du PS.
D'autres explications sont alors avancées, qui toutes ont une part de réalité :
1) Le rôle décisif des « barons » qui tiennent les sections et les mandats innombrables (élus
municipaux, départementaux, régionaux, députés, sénateurs,...) et ont comme soucis principal la
préservation de leurs strapontins : ils ont appelé à voter Royal parce que les « sondages » leur
disaient qu'elle était la meilleure pour gagner, et donc préserver leurs places.
2) la « sociologie » du PS, de plus en plus petit bourgeois : c'est vrai, mais il apparaît en réalité
que les sections « bobo » ont souvent moins voté Royal que la province, et davantage Strauss-
Kahn : c'est manifeste à Paris.
3) Le fait que le PS ne soit guère un parti de militants, mais un parti d'adhérents sans formation
politique. Ce phénomène est renforcé par les nouveaux adhérents à 20 euros...Là encore, ce n'est
qu'en partie l'explication du succès de Royal : là où le nombre d'adhérents a explosé, comme à
Paris, Royal fait moins que la moyenne nationale, tandis que nombre de sections de banlieues où il
n'y a presque pas de nouveaux font un bon score pour Royal.
Certes, on peut toujours additionner des explications partielles, mais ceci ne suffit pas à expliquer
l'ampleur de l'échec de ses « opposants ». Notamment de Fabius dont le courant avait obtenu à lui
seul plus de 20% des voix au précédent congrès ; avec le renfort de tous ceux qui avaient milité
pour le Non au référendum du 29 mai, de ceux qui s'inquiètent des dérives populistes de Royal, ...
les partisans de Fabius rêvait de 30 ou 35% pour Fabius dès le premier tour ; ils se retrouvent avec
moins de 20% ! La désillusion est cruelle.
Reste alors l'explication de Mélenchon : le vote des militants serait « irrationnel ». Si cela est,
autant arrêter de faire de la politique et aller voir les cartomanciennes : Madame Soleil nous
éclairera sur madame Royal. Ce n'est pas sérieux et illustre le désarroi de Mélenchon.
Pour y voir clair, il faut donc remettre les choses dans l'ordre, et poser quatre questions : la
politique de Fabius est-elle parue aux yeux des militants comme qualitativement différente de celle
de Royal ? Les opposants à Hollande et Royal ont-ils ouvert, en 2005 et 2006, une issue pour en
finir avec la politique de Chirac et Sarkozy ? Ces opposants à Hollande et Royal ont-ils agit contre
ce système de désignation du candidat ? Ont-ils regroupé leurs forces pour avancer une orientation
et choisir un candidat pour cette orientation ?
Fabius : une « gauche » très, très relative
C'est une question clef. Certes, Fabius avait appelé à voter non au référendum sur le traité
constitutionnel ; mais bien des militants ne pouvaient oublier la politique qu'il avait conduite
quand il avait été premier ministre, puis ministre des finances : une politique de défense des
intérêts du capitalisme français. Réputé être à « droite » dans le PS, il a tenté depuis deux ans de se
présenter comme étant le plus « à gauche » au sein de son parti.
Certes, il y a formulé quelques propositions un peu plus « sociales » que Royal ou Strauss-Kahn,
par exemple pour une augmentation immédiate du salaire minimum. Contre Royal, il a défendu la
carte scolaire, refusé la mise en concurrence des universités proposée par Strauss-Kahn ; pour le
reste, son crédo était : « je suis le candidat du projet socialiste », c'est-à-dire le même « projet »
que les deux autres candidats, un projet qui ne même pas le qualificatif de « réformiste », l'un des
projets les plus bourgeois qu'on ait vu depuis longtemps.
Même quand il essayait de faire « gauche », il ne se distinguait pas des deux autres. Ainsi il fut le
seul à aller à la rencontre des Chercheurs ; il promit une priorité pour la Recherche, mais ne
s'engagea pas à supprimer ni la loi dite « pacte pour la recherche » ni l'Agence nationale de la
recherche, ni à garantir un nombre de créations de postes statutaires au CNRS.
En outre, sur des questions majeures, les trois candidats ont défendu avec le même enthousiasme
les intérêts de l'impérialisme français : chacun nota la fougue des candidats, de Fabius notamment,
pour saluer l'engagement des soldats français à l'étranger, et affirmer que les troupes françaises
doivent rester au Liban !
Mieux : Royal a su, au contraire de Fabius, utiliser à son profit la question des 35 heures ; Fabius
défendait mordicus la loi dite des « 35 heures », demandait son extension à toutes les entreprises,
et se taisait sur la flexibilité et de l'annualisation du temps de travail, tandis que Royal mettait en
évidence le fait que cette loi posait problème, parlant de « régression » pour certains salariés ; ce
discours a été « entendu » par bien des adhérents qui subissent la flexibilité due à cette loi (et
Fabius , qui soutient cette loi, ne pouvait montrer comment Royal, se prépare en réalité à
davantage d'heures supplémentaires et de flexibilité. Il suffisait de rappeler les propos élogieux de
Royal à l'égard de Blair : « Face au chômage des jeunes, il a obtenu de vrais succès en recourant
à plus de flexibilité et plus de sécurité »).
On peut prendre d'autres exemples : ainsi Fabius, qui propose lui aussi le Service civique
obligatoire, n'a rien dit quand Royal a fait l'éloge du travail obligatoire non payé (ou vaguement
indemnisé), par exemple quand elle propose que les étudiants les plus âgés soient obligés de faire
du soutien aux jeunes étudiants, et que les étudiants soutiennent les lycéens.
Une opération pour tenter de restaurer la V° République et son président- bonaparte
Dans ces conditions, le dispositif en place était un vrai traquenard pour les militants du PS; car la
logique voulait que ce soit le premier secrétaire, régulièrement élu à partir des votes de congrès,
qui fût le candidat de son parti (En Grande-Bretagne, le chef du parti majoritaire devient
traditionnellement le chef du gouvernement). Mais on a procédé par l'élection directe d'un
candidat par « la base »: ceci devenait le choix d'une « personne » davantage que le choix d'un
programme politique, d'autant plus que les trois candidats se réclamaient du même programme.
Cette pratique plébiscitaire a été introduite par Jospin (qui s'en est servie pour prendre la place
d'Emmanuelli), elle est le décalque du fonctionnement bonapartiste de la 5° république, celle d'un
« homme » ou d'une « femme » qui s'adresse directement à son peuple par dessus les instances du
parti. Ce mode de désignation devait être combattu ; il a été accepté par toutes les dirigeants et
courants du PS.
Les militants avaient donc à choisir entre trois candidats dont deux représentaient des
configurations classiques au sein du PS : Fabius dans la continuité de la politique suivie depuis
1981 (quelques vagues promesses sociales...et la défense du capitalisme français une fois au
pouvoir) ; et Strauss-Kahn dans le rôle du « social-libéralisme », c'est-à-dire de celui qui annonce
que le PS doit, comme les partis sociaux-démocrates européens, défendre ouvertement une
politique respectueuse du capitalisme.
Dans cette situation, un grand nombre de militants, entraînés par les sondages en faveur de Royal,
a considéré qu'il valait aussi bien voter pour Royal...Celle-ci, dès le Congrès du Mans, a manifesté
ostensiblement son dédain pour les discussions qui avaient lieu sur le programme du Parti en
n'intervenant pas dans les débats ; elle a confirmé son attitude en expliquant il y a peu que le
« projet » adopté en juin « n'était pas le petit livre rouge »...elle misait sur le fait que la masse
des adhérents avait déjà oublié ces deux documents ! Dès lors, Fabius qui répétait : « je suis le
candidat du projet » parlait dans le vide.
La seule raison solide qui pouvait pousser les militants à se dresser contre Royal, c'est le fait que
Royal joue la carte du populisme, celle d'une candidate qui veut se servir du PS sans lui rendre de
comptes, crée une association « Désir d'avenir » qui sera à son seul service , met en avant des
« valeurs » empruntées à la bourgeoisie et au cléricalisme : « l'ordre juste » à toutes les sauces
(« l'ordre juste à l'école...l'ordre juste dans les relations internationales...l'ordre juste
économique.. »). Et qui entend gouverner en utilisant tous les pouvoirs, exceptionnels, que la
Constitution de la V° République donne au président contre les députés.
Et un nombre significatif de militants, de jeunes en particulier, a combattu Royal pour cette raison.
Mais la plupart des militants du PS ont oublié que les institutions de la V° République sont un
« coup d'état permanent » (comme l'avait écrit Mitterrand). Le PS s'est adapté aux institutions
gaullistes. Il a renoncé à tout combat contre le système du « président-bonaparte », se contentant
d'évoquer un vague replâtrage. Et beaucoup de militants ont eu des difficultés à distinguer sur ce
plan Royal de Fabius et Strauss-Kahn ; lors des « débats », Fabius a réaffirmé le rôle du président
(en matière de politique internationale ou en ce qui concerne le recours à l'arme nucléaire) et
Strauss-Kahn a revendiqué un président qui gouverne véritablement...Pour les militants, tout était
brouillé. Ils ont donc choisi Royal.
Une autre issue était possible
La seule alternative pour ces « opposants » aurait été de s'appuyer sur la mobilisation des
masses, et sur l'aspiration profonde de la jeunesse, de la population laborieuse, à en finir au plus
tôt avec cette politique, ce gouvernement. Dès les élections de mars 2004, la bataille politique
devait être engagée : « ce gouvernement est minoritaire, il n'a plus aucune légitimité, il doit
partir ». Tout dirigeant du PS qui aurait martelé sur ce thème aurait aussitôt obtenu l'appui de la
grande masse des militants, alors que Hollande et Buffet réaffirmaient que Chirac était légitime et
devait rester jusqu'en 2007. Et Royal aurait été marginalisée.
Rappelons la déclaration de Hollande en 2004 : « Notre objectif est de faire revenir Chirac au
mandat du 5 mai 2002 dont il s'est écarté, cyniquement ». Le cynique, en l'occurrence, c'est
Hollande Il savait parfaitement, en 2002 comme en 2004, que Chirac ne ferait pas d'autre politique
que celle du Medef. En appelant à voter Chirac en 2002, il lui a offert un score électoral dont
Chirac s'est servi pour faire sa politique.
C'est en rompant avec ce soutien à Chirac qu'une opposition aurait pu s'organiser dans le PS. Mais
pas plus Fabius, Emmanuelli que Montebourg ou un quelconque autre dirigeant du PS ne voulait
mettre Chirac en difficulté : car ce sont tous des dirigeants « bourgeois » d'un parti « ouvrier
bourgeois ».( cf formation)
Une deuxième opportunité apparut à l'occasion du référendum sur le traité constitutionnel.
Hollande et Royal, l'essentiel de l'appareil du PS appelèrent à voter Oui au traité, soutenant
Chirac. La masse de la population, avec les militants du PS, se dressa peu à peu contre le traité.
Fabius prit position, Emmanuelli plus tard. Le OUI fut battu le 29 mai 2005, et Chirac avec.
Encore un fois, il était possible à ce moment là de mener campagne pour le départ immédiat de
Chirac. Dans le PS, alors que Hollande était dé-stabilisé par la défaite du Oui, il y avait une brèche
majeure. Fabius et Emmanuelli l'ont soigneusement colmatée. Ils ont préféré préparer le congrès,
laissant croire qu'enfin les choses allaient changer au PS ; ils ont proposé, avant le congrès, des
motions un peu différentes de celle de Holande. Puis, lors du congrès de novembre 2005, ils ont
effacé leurs soi-disant désaccords en réalisant une « motion de synthèse ». Hollande, avec Royal,
étaient sauvés.
C'est la mobilisation dans la rue, la vague de grève et de manifestations, qui offrit en 2006 la
dernière opportunité pour en finir avec Chirac et, au sein du PS, avec une direction protégeant
Chirac : au printemps 2006, la très puissante mobilisation contre le CPE révéla les capacités de
combat des jeunes et des travailleurs et leur volonté de briser l'offensive de Villepin et Chirac ; Le
PS et le PCF, avec les syndicats, durent exiger le retrait du CPE, renoncer à le négocier. Chirac fut
battu. Beaucoup de manifestants l'avaient exprimé : « Chirac, Villepin, Sarkozy, mêmes canailles !
Une solution, qu'ils s'en aillent ! ». Mais Fabius et Emmanuelli se sont tus. La direction du PS a
choisi de respecter les échéances électorales; et Royal, silencieuse et déstabilisée pendant les
manifestations et la grève des Universités, put remettre en route le désir de son propre avenir.
Autrement dit : tous les responsables du PS qui prétendaient constituer, au sein du PS, une
opposition à la politique de Hollande ont saboté toutes les possibilités qu'il y avait eu de regrouper
une force politique capable de mettre en échec la politique de Hollande. C'est ce qui explique le
désarroi des militants du PS : où était la boussole ? Il n'y en avait pas.
Une contradiction centrale
Or, à défaut d'une boussole dans le PS, les militants, comme la grande masse de la jeunesse et des
travailleurs, ont un objectif: en finir coûte que coûte avec la politique du gouvernement, avec
Chirac, Sarkozy, et tout autre successeur du même type. En nombre sans cesse croissant, ils
pensent que désormais les prochaines élections sont désormais une question centrale N'ayant plus
aucun repère dans le PS, - toute opposition, aussi timorée soit elle, s'étant noyée dans la double
synthèse du congrès et du projet -, les militants ont largement « joué » la dernière carte qui leur est
apparue : ils ont voté pour la candidate qui semblait, selon les médias et les sondages, la seule à
pouvoir virer Sarkozy et l'UMP ; et ils l'ont fait d'autant plus que l'essentiel de l'appareil du PS a
poussé à voter Royal .
Ce que ce vote exprime donc, c'est d'abord la confusion, le désarroi politique. Et si contradiction il
y a, ce n'est pas le vote lui-même qui est contradictoire, c'est la situation politique marquée par
la contradiction entre la nécessité de combattre la politique anti-ouvrière du gouvernement et
l'absence d'outil adéquat, l'absence d'un parti indispensable pour mener un tel combat. Le
résultat de ce vote est ainsi un coup sévère porté au Parti socialiste, un pas de plus dans sa crise.
C'est un succès pour les groupes financiers qui ont impulsé cette campagne. C'est une revanche
pour tous ceux qui n'ont pas digéré la défaite du Oui au traité constitutionnel : le gouvernement, et
les « barons » du PS avec Royal. Et ils ont gagné. Pour un temps.
Quelle alternative ?
D'autres organisations veulent une candidature « à la gauche de la gauche », mais, pour le
moment, c'est dans la plus grande confusion : il y a les « collectifs unitaires » impulsés par le PCF
avec quelques petits groupes... qui se déchirent pour choisir un candidat commun ; il y a la LCR
qui fait bande à part en disant : « plus jamais le PS au pouvoir », ce qui est le meilleur moyen...de
faire gagner Sarkozy. Même chose pour LO, et aussi pour le PT.
Et quand on regarde de près, il n'y a pas de différence fondamentale entre le programme de PS et
celui du PCF : aucun des deux ne se fixe l'objectif d'en finir avec le capitalisme.
Le danger est le suivant : que le PCF et la LCR poussent à la division maximale contre le PS, en
multipliant les critiques contre le PS sur des points qui ne sont pas fondamentaux...et fassent
gagner un bourgeois (Sarkozy ou un autre). Ils ont déjà fait le coup en 1977 : tous les sondages
prévoyaient alors qu'aux élections législatives de 1978, le ¨PS et le PCF seraient majoritaires. Mais
après 6 mois de polémiques, les partis bourgeois l'emportèrent et Giscard pu rester trois ans de
plus.
Division d'un côté (au profit de Sarkozy) ...ou vote pour la candidate du PS, c'est-à-dire Royal. Or
Royal inquiète y compris nombre de militants de son propre parti : en essayant d'imiter De Gaulle,
elle se préparer à un pouvoir personnel, qui dicte sa loi au parlement et à son parti. Pour les
travailleurs et la jeunesse, la situation est inquiétante.
Il n'y a d'issue qu'en réaffirmant quelques principes : les salariés, la jeunesse ne peuvent avancer
qu'en réalisant l'unité contre la bourgeoisie, dans les luttes comme sur le terrain électoral. En
l'absence de parti révolutionnaire, pour les élections, ils ne pourront que chercher à utiliser les
candidats des partis « ouvriers » (plus exactement : «ouvrier-bourgeois»), malgré le programme
de ces derniers. Et voter au deuxième tour pour le candidat du PS ou du PCF restant en lice. Pour
chasser Chirac, Sarko et compagnie. Sur cette base, c'est par leurs mobilisations, par les grèves et
manifestations, qu'ils pourront défendre leurs revendications.
Ce sera vrai après les élections. Ceci demeure vrai avant les élections. Bien des choses peuvent
se passer d'ici là ; des mobilisations peuvent surgir, en particulier en réaction aux attaques
actuelles. Comme dans la lutte contre le CPE, l'exigence demeure pour chaque
revendication : « que l'unité se réalise ; que le PS et le PCF, avec les dirigeants syndicaux,
reprennent à leur compte les revendications, qu'ils refusent de négocier avec le
gouvernement » !
Bien évidemment, ils ne le feront pas d'eux-mêmes ; seule la mobilisation massive peut les y
contraindre : le mouvement spontané peut surgir comme si souvent dans le passé; mais pour
le préparer, il y a nécessité de s'organiser. C'est ce que propose Révoltes.
|
|
|