Avec la forte hausse des prix des produits alimentaires, les émeutes de la faim se multiplient : après le Mexique l'année dernière, elles ont récemment touché plus de trente pays : Haïti, Egypte, Côte d'Ivoire, Cameroun, Sénégal…Tous, de Sarkozy à Bush en passant par Chirac et les dirigeants d'organisations internationales expriment leur compassion… La Banque mondiale réclame un « New Deal alimentaire ». Mais qui est responsable ? Certains prétendent que les Chinois, les Indiens consommeraient trop ; d'autres pointent les « choix » catastrophiques des autorités africaines qui donnent la priorité aux cultures d'exportation… Tous masquent le fait que l'exploitation des ressources naturelles comme de la main d'œuvre de ces pays par les grandes puissances (la France en premier lieu) est la cause première de la pauvreté, exploitation confortée par les régimes (soutenus à bout de bras par les impérialismes) qui répriment dans le sang les mobilisations (comme à Haïti ou au Cameroun).
En 2004, le prix du blé et du maïs se situaient à des niveaux très bas à la Bourse de Chicago (principal marché à terme) : 75 à 80 dollars la tonne pour le maïs, autour de 110 dollars pour le blé. Ces prix se sont envolés à partir de l'été 2005 (fin 2006, ils avaient doublé). À la bourse de Chicago, le cours du blé a triplé en un an. En deux mois, le prix du riz, aliment de base de près de la moitié de l'humanité, a doublé !
Jusqu'au début des années quatre-vingt-dix, aux États-Unis et dans l'Union européenne, les politiques agricoles ont conduit à la surproduction : les subventions massives (Farm bill aux États-Unis, Politique agricole commune en Europe) ont permis l'écoulement des stocks de céréales à bas prix dans le « Tiers monde » et ont ruiné nombre de paysans condamnés à la sous-alimentation et à l'exode rural. Quant à « l'aide » alimentaire, elle a souvent déstabilisé durablement l'agriculture locale (ainsi, les milliers de tonnes d'aide alimentaire déversées dans les pays sahéliens lors de la grande sécheresse de 1974, puis sur la Somalie fin 1993, début 1994 sont entrés en compétition avec les productions locales et ont entravé le redémarrage de l'agriculture). Cette « aide alimentaire » constitue une « arme verte », un puissant moyen pour les États impérialistes de créer la dépendance et de se soumettre nombre de pays du Tiers Monde.
Ensuite, s'est développé, à l'initiative des Etats-Unis, une nouvelle politique agricole visant à limiter la surproduction: subvention à l'hectare, mise en jachère (en Europe, mise en jachère de 10% de surfaces agricoles, soit quelques 3,5 millions d'hectares).
Parallèlement, la Banque mondiale, le FMI ont développé, dans les pays dominés, des « plans d'ajustement structurel » visant à « assainir les finances publiques ». Après avoir incité les pays du « tiers monde » à emprunter massivement, les États impérialistes et les organismes internationaux qu'ils contrôlent ont, au début des années 80, imposé le remboursement de la dette (1). Afin de se procurer les devises nécessaires, les pays dominés ont été incités à développer des produits d'exportation au détriment des cultures vivrières ; les États ont été amenés à réduire leurs stocks ; l'ouverture aux marchés dominés par les sociétés « multinationales » a ruiné les petits producteurs locaux (un agriculteur du Middle West ou du Bassin Parisien parvient à nourrir tout seul 5 500 personnes contre 2 pour un agriculteur malien) : ainsi, le marché africain a été inondé, depuis le milieu des années 90, de poulets en provenance d'Union européenne (2); au Cameroun, cela a provoqué l'effondrement de la filière avicole et l'appauvrissement de plus d'un million d'habitants ! L'Afrique subsaharienne est la seule région où la production vivrière par habitant n'a pas augmenté au cours des trente dernières années.
Aux plans d'ajustement structurels imposés au détriment des investissements dans l'agriculture s'ajoutent de mesures faisant chuter le pouvoir d'achat des populations : dévaluation des monnaies locales (dévaluation de 50% du Franc CFA en 1994), blocage des salaires ; mise en place de TVA ; privatisations…De plus, dans certains pays, les surfaces cultivables diminuent (moins 3 millions d'hectares en Chine) : urbanisation à outrance, terres devenues stériles, augmentation de la pollution…
Et aux États-Unis, en Europe, une masse de subventions publiques détournent des productions de la filière alimentaire vers la filière des agro carburants (3)! Ainsi, cette flambée des prix est alimentée par les entraves à la production de produits alimentaires dans nombre de pays dominés et par l'extension des surfaces consacrées aux bio-carburants. Phénomène aggravant : l'effondrement du dollar (monnaie utilisée pour les cours des céréales), et la spéculation qui intervient sur ces marchés.

À la racine de tous ces problèmes, il y a donc fondamentalement, la recherche du profit : on ne pourra véritablement mettre fin à ces catastrophes sociales qu'en instaurant une économie planifiée à l'échelle de la planète, organisée selon les besoins de l'ensemble de la population et non pour préserver les profits des grands propriétaires terriens, des trusts agro-alimentaires, des banques et des spéculateurs en tout genre.
Mais les populations affamées ne peuvent attendre que l'on en finisse avec le capitalisme, cause essentielle de leur misère. Elles ne peuvent non plus se satisfaire d'envois caritatifs et de nouveaux prêts qui accroissent leur dépendance. Dans les pays dominés, les masses sont en droit de combattre pour des mesures d'urgence : non paiement et abolition des dettes dues aux grandes puissances, contrôle par l'État de la collecte et de la commercialisation des produits agricoles, monopole du commerce extérieur, confiscation des stocks détenus par les groupes privés et les spéculateurs…Et dans les États impérialistes (dont la France), il faut combattre pour mettre fin aux ingérences militaires, politiques et économiques des grandes puissances, en particulier pour le retrait des troupes françaises d'Afrique.
La population laborieuse des métropoles impérialistes subit durement l'envolée des prix. La hausse générale des salaires, l'indexation des salaires sur les prix est une nécessité, comme elle l'est dans les pays dominés et partiellement dominés (tels la Roumanie) ; aussi faut-il que ces revendications soient reprises par les partis et syndicats ouvriers. Au-delà, il faut exiger le blocage des prix des produits de première nécessité et l'expropriation des trusts (agro alimentaires, grande distribution) sous contrôle des travailleurs. Pour atteindre de tels objectifs, il est nécessaire de s'organiser pour construire une Organisation révolutionnaire de la jeunesse.
(1) Chaque anné, les pays dominés remboursent plus de 300 Mds de dollards aux pays impérialistes, soit le triple du montant total de l'aide publique au développement.
(2) Il s'agit des ailes, pattes, croupions, « résidus » de la consommation européenne (en 2004, selon l'Institut Pasteur, 83,5% des morceaux de poulets étaient
impropres à la consommation du fait de la rupture de la chaîne du froid) ! Par ailleurs, la signature des accords de Partenariat économique (APE) actuellement
négociés entre l'Union européenne et les États d'Afrique devrait se traduire par une baisse du prix de vente des produits africains en Europe, ce qui entraînerait
une perte pour les pays d'Afrique de 360 millions de dollars chaque année (cela ajoutés à plusieurs milliards d'euros dus à la mise en conformité).
(3) Selon la revue Reason, 100 millions de tonnes de céréales seraient transformées cette année en carburant (100 millions qui peuvent nourrir 450 millions de
personnes pendant un an).